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Pour les besoins de sa thèse de doctorat en communication, le chargé de cours Éric Champagne s’est inscrit sur le site Internet Réseau contact. «J’ai écrit à des abonnés en leur demandant s’ils accepteraient de me rencontrer pour les fins d’une recherche. Plusieurs étaient méfiants, les femmes surtout parce qu’elles croyaient qu’il s’agissait d’une ruse pour les draguer», raconte-t-il avec un sourire.

La quête de soi et de l’autre à l’heure des sites de rencontre en ligne au Québec est le titre de sa thèse. Le jeune chercheur a réalisé une quarantaine d’entrevues avec des personnes hétérosexuelles, abonnées à Réseau contact, qui souhaitaient vivre une relation amoureuse stable.

Au Québec, les premiers sites de rencontre sont apparus dans les années 1990. Depuis, ils ont proliféré et plusieurs se sont spécialisés en visant des publics cibles. Selon certains sondages, un célibataire sur cinq est un adepte des sites de rencontre. «Réseau contact, qui compte plus d’un million de membres, est le plus populaire au Québec, observe Éric Champagne. Près de 80 000 personnes l’ont visité récemment, en l’espace d’un mois. Les hommes âgés de 40 à 50 ans, de partout au Québec, y sont majoritaires.»

Ça passe ou ça casse

D’aucuns prétendent qu’Internet est l’allié indéfectible des célibataires, voire un remède contre la solitude. Selon Éric Champagne, les motivations et les attentes varient d’un individu à l’autre. Certains cherchent un partenaire amoureux, d’autres une simple relation d’amitié. «J’avoue que Éric Champagne, chargé de cours à l'UQÀM et doctorant en communication (Source: Nathalie St-Pierre)j’avais certains préjugés, confie celui qui, au départ, associait les sites de rencontre à un meat market. Si certains espèrent que l’amour pourra réparer un malaise intérieur ou combler un vide, la majorité n’éprouve pas de problèmes relationnels et ne souffre pas de solitude.»

Ces internautes s’écrivent d’abord des courriels, puis se téléphonent et s’envoient parfois des photos. Une image de l’autre se construit déjà à partir de ces échanges. «Les internautes ne cherchent pas nécessairement des personnes qui pensent comme eux, note l’étudiant, mais plutôt des gens avec qui ils ont des intérêts communs, comme le vélo, le cinéma ou les voyages. Le niveau d’instruction a également son importance.»

Survient alors le premier rendez-vous. Ça passe ou ça casse, car l’apparence physique est souvent déterminante. «On n’attend pas longtemps avant le premier face-à-face, par peur de se mettre à idéaliser l’autre, explique le doctorant. Si l’étincelle ne jaillit pas immédiatement, on laisse rapidement tomber.»

Une quête de soi

Parmi les personnes interviewées, plusieurs parlaient d’une quête de soi, parallèle à celle de l’autre, notamment ceux qui avaient vécu l’expérience d’une longue relation, souligne Éric Champagne. «Pour décrire leurs goûts, leurs intérêts et leurs valeurs, les internautes doivent se livrer à un difficile exercice d’autoréflexion. La distance physique facilite toutefois les confidences, comme si on écrivait à soi-même en se servant de l’autre comme miroir. Certains projettent un soi idéal et mentent volontairement sur leur âge ou sur leur apparence. D’autres se décrivent maladroitement ou n’arrivent pas à définir ce qu’ils recherchent.»

Pour avoir du succès, rien ne sert de mentir, soutient le chercheur. Il faut être ouvert d’esprit, éviter les attentes trop élevées et savoir ce que l’on veut. «Surtout, on doit être capable de concilier sa soif de romantisme et les règles froides de marketing que comportent les sites de rencontre», conclut-il.
 


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