Homophobie en milieu de travail : sortir du placard ou y rester?


Vous croyez que votre homosexualité sera bien accueillie dans votre nouveau milieu de travail? Restez tout de même vigilant! Surtout si votre situation d’emploi est précaire.

En général, les milieux de travail québécois sont plus ouverts à la diversité sexuelle qu’ailleurs au Canada, selon Florent Francoeur, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA). Toutefois, certains préjugés et stéréotypes persistent encore à l’égard des gais et lesbiennes, comme l’inversion des genres (gai efféminé, lesbienne masculine) et l’hypersexualisation.

Rester prudent

Line Chamberland (Source: www.montrealmirror.com)Selon Mme Chamberland, les cas de discrimination envers les gais et lesbiennes sont plus fréquents en début d’emploi1. «Tant qu’il y a une situation de précarité d’emploi, je conseille la prudence pour éviter les risques de “outing”, où quelqu’un répand la nouvelle à une partie ou à la totalité de l’entourage au travail», estime Line Chamberland, professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal. Ce genre de révélation peut susciter des hostilités à votre endroit, notamment si certaines personnes sont homophobes ou sont en concurrence avec vous dans le cadre de votre travail.

Des endroits où règne le respect

Avant même de postuler un emploi, M. Francoeur suggère d’être vigilant et de s’informer sur l’employeur. «Il est possible d’avoir une bonne idée du milieu de travail où l’on veut envoyer son CV. Par exemple, consulter le site Web de l’entreprise permet de connaître sa vision, ses valeurs et s’il y a une politique d’intégration de la diversité. De nos jours, les entreprises déploient beaucoup d’énergie pour être de bons employeurs», indique-t-il.

La Chambre de commerce internationale gaie et lesbienne note également les entreprises les plus ouvertes à la diversité et à l’inclusion. Son site Internet peut aussi être une bonne source à consulter, selon Mme Chamberland.

Repérer vos alliés

Avant de s’afficher, mieux vaut être à l’écoute de son environnement de travail afin de détecter si celui-ci est suffisamment ouvert à la diversité et aux différences. «C’est important de se faire des alliés au travail. Si jamais un problème survient avec un collègue, il sera toujours possible d’en parler avec ces personnes», souligne Mme Chamberland. Parler de son quotidien, de sa vie de couple ou de sa famille à des personnes de confiance donne également l’occasion de déconstruire certains préjugés à l’endroit des homosexuels.

Un signe visible

Conseiller au service à la clientèle dans une banque, Bruno Laprade avait d’abord choisi de taire son homosexualité au travail. Toutefois, le fait d’être un jeune homme marié dans la vingtaine a suscité une attention particulière sur sa vie conjugale. «Les clients s’apercevaient que je portais un jonc de mariage et me posaient des questions sur ma femme. Pour éviter qu’ils aient des réactions imprévisibles qui auraient pu nuire à mon travail, je n’osais pas leur dire que j’étais marié à un homme. J’avais l’impression de retourner au placard», raconte-t-il.

Depuis, Bruno a changé d’emploi pour un poste où il peut s’afficher librement. «Le choix de dire ou non son homosexualité en milieu de travail relève d’une décision personnelle. Il faut y aller à son propre rythme et bien évaluer les répercussions liées à ce dévoilement.»

Victime d’un patron homophobe

Après quatre ans à l’emploi d’un quotidien régional comme journaliste, Catherine (prénom fictif) avait commencé à confier à quelques collègues son homosexualité. Un collègue, qu’elle jugeait être une personne de confiance, a toutefois répandu la nouvelle au reste de l’équipe. Les problèmes avec son supérieur immédiat ont commencé dans les semaines qui ont suivi cette divulgation. «Mon patron a commencé à réduire mes heures, à m’enlever des dossiers, à me dire que je ne serais jamais une bonne journaliste et que je n’aurais jamais d’avenir alors que tout allait bien avant», se rappelle Catherine.

Source: www.cdpdj.qc.caAppuyée par ses collègues de travail et son syndicat, Catherine a porté plainte. La preuve qu’elle était victime de discrimination était flagrante. Elle a réussi à obtenir une compensation de départ de la part de son employeur. «Depuis cette expérience, je n’hésite plus à inscrire mon implication dans le milieu gai et lesbienne dans mon CV. Pour moi, c’est une bonne sélection parce que maintenant les employeurs m’engagent en toute connaissance de cause.»

Être la cible de préjugés

Les blagues et les commentaires homophobes créent un climat très peu accueillant pour les homosexuels. Mais il existe des moyens pour réussir à se faire respecter.

L’homophobie au travail, comme toute autre forme de harcèlement psychologique, est subtile, rarement directe et violente. Elle se pratique souvent sous le couvert de l’humour rendant la réplique plus difficile aux personnes visées.

Face à face

Vous êtes offensé par les propos ou les gestes d’un collègue? Prenez-le à part et expliquez-lui les conséquences de ses gestes ou de ses paroles. «Le faire en public peut l’humilier et le rendre plus hostile à votre endroit. Parfois, la personne peut avoir dit ces paroles sans y penser», explique Line Chamberland, professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal.

Mobiliser ses alliés

Impossible de lui en parler seul à seul? Le service des ressources humaines est une excellente ressource vers qui se tourner, selon Florent Francoeur, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. «Le directeur des ressources humaines peut aider et agir à titre de médiateur entre les deux employés en cause. Il établira un plan d’action en plus de rencontrer le patron pour lui rappeler son obligation légale de mettre en place des moyens pour prévenir et contrer toutes formes de harcèlement au sein du milieu de travail», explique-t-il.

Chercher de l’aide

Si vous croyez être victime de discrimination ou de harcèlement psychologique, la meilleure façon de vous en sortir est d’en parler aux collègues avec qui vous entretenez une relation de confiance. «Quand rien ne va plus, il vaut mieux éviter l’isolement et chercher une aide psychologique. N’attendez pas que la situation devienne intolérable avant de porter plainte auprès de votre service des ressources humaines, votre syndicat ou la Commission des droits de la personne», prévient Steve Foster, président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL). Plusieurs organismes peuvent aussi vous guider et vous soutenir dans vos démarches
 


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Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.

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