Défilé de la fierté: la culture de l'oubli


Tout récemment, c’était Divers/Cité et Célébrations LGBTA, une belle occasion pour célébrer et montrer au grand jour nos différences. Après quelques années d’absence, j’ai eu la chance de participer à la journée communautaire ainsi qu’au traditionnel défilé. Je dois dire que le contingent jeunesse, dont je faisais partie, s’était bien préparé et a tout fait pour bien faire passer son message (masques, couleurs et flyers à l’appui).

Ce message se veut ouvert sur la différence, prône l’inclusion peu importe notre orientation sexuelle ou notre identité de genre et surtout, se veut politique, car même si ces dernières années, nous avons fait des acquis importants, il reste que notre situation reste quand même fragile. Nos festivals respectifs restent très dépendants des subventions gouvernementales et nous avons tous vu ce qui est arrivé avec Divers/Cité.

photo : Jean-Pierre Duchastel

Une parade pour les gais?
Je reste toujours surpris d’entendre des gens hétérosexuels autour de moi dire : «Pourquoi une parade pour les gais, est-ce qu’on fait une parade pour célébrer le fait qu’on est hétérosexuel?» C’est une façon très simpliste de voir les choses. La parade en soi n’est pas une «célébration de l’homosexualité», mais plutôt une célébration de la différence dans nos communautés (car oui, il n’y a pas que les gais, il y aussi les lesbiennes, les bisexuels, les transsexuels, transgenres, etc.).

C’est aussi une occasion de faire passer des messages plus politisés. Il n’y a pas de «parade hétérosexuelle» simplement parce que les hétéros n’ont pas à craindre d’être exclus ou persécutés à cause du simple fait de leur orientation sexuelle. En tant que groupe sexuel majoritaire, une bonne partie de la population tend à s’y associer tout en oubliant qu’il persiste un 10% de cette même population qui vit en situation de minorité et qui n’est pas nécessairement bien acceptée partout, même en 2009.

photo : Columbia University

Devoir de mémoire
Trop souvent, dans nos sociétés occidentales plus individualistes, on a tendance à se préoccuper de ce qui nous concerne directement et le reste, on y porte moins attention. En quelque sorte, cette attitude contribue à entretenir une culture de l’oubli. On retrouve ceci non seulement chez certaines personnes hétérosexuelles mais aussi chez certains allosexuels.

La devise du Québec est «Je me souviens», il est malheureux toutefois de constater que l’histoire a souvent tendance à se répéter. Dois-je vous rappeler le sort réservé aux homosexuels de l’Allemagne nazie après une période de relative ouverture qui avait précédé durant les années 1920.

Loin de moi l’intention de comparer notre situation à celle-ci, mais si nous avons pu en arriver où nous sommes aujourd’hui, c’est parce que des gens conscientisés, informés et militants étaient là pour résister à la répression et au mépris d’une population mal informée. La reconnaissance officielle des années 2000 n’aurait pu être possible sans les nombreuses batailles menées dans les années 1970.

Une question de visibilité
Pour ma part, je crois que le défilé a encore sa place en 2009 pour la simple raison que notre position reste encore fragile. Même si nous avons acquis le droit au mariage et l’égalité des droits, nous sommes toujours menacés par un éventuel gouvernement conservateur majoritaire prêt à effacer tous ces acquis. Quelle plus belle tribune de visibilité que la parade pour exprimer nos besoins et nos revendications!

photo : Cyberpresse

Un de mes anciens professeurs d’histoire m’a déjà dit que cela prend environ 25 ans avant qu’une nouvelle idée politique ou sociale fasse son chemin auprès d’une population. Changer les mentalités de tout un peuple est un travail de longue haleine. Nous avons la chance de vivre dans un des endroits les plus ouverts au monde. Malgré tout, ce n’est pas une raison pour se satisfaire du statut quo, il faut rester vigilent surtout quand on voit ce qui se passe à d’autres endroits dans le monde comme en Russie, en Israël où dans les autres pays du Proche ou Moyen-Orient.

Un idéal à atteindre
Dans 10-20 ans, est-ce qu’il y aura encore des événements comme Divers/Cité, la journée communautaire ou la parade? Difficile à dire mais selon moi, fort probablement, car en tant que groupe minoritaire, nous nous devons d’être visibles pour pouvoir mieux résister à des relents de conservatisme et d’intolérance. L’idéal serait de vivre dans un monde sans discrimination où tout le monde est bien accepté peu importe ses différences. Nous travaillons vers cet idéal, mais c’est un travail à long terme. Je suis particulièrement fier qu’AlterHéros travaille quotidiennement pour atteindre cet idéal.

En tant que spectateur et/ou participant, je tiens à féliciter tous les gens qui ont été impliqués de près ou de loin dans Divers/Cité mais surtout Célébrations LGBTA avec la journée communautaire et le défilé. C’est du précieux temps bénévole donné par pure conviction et qui contribue à faire une plus grande différence autour de nous. Je tiens aussi à remercier la population qui a assisté en grand nombre aux activités. Notre communauté doit s’entraider entre elle pour mieux transmettre son message mais pour ce faire, elle a besoin d’alliés dans la population en générale.

Sur ce, à l’an prochain!


About Sébastien St-Onge

Titulaire de 4 diplômes universitaires, notamment un baccalauréat en histoire de l’UQTR, Sébastien est bénévole avec AlterHéros depuis 2003. Il a été membre du CA en 2005‐2006 et 2009-2010 en plus d'être bénévole de l’équipe de rédaction de 2003 à 2006 et de 2008 à aujourd’hui. Il a aussi été impliqué dans l’organisme Jeunesse Lambda entre 2002 et 2005.

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