Critique de Fragments de mensonges inutiles


Michel Tremblay offre une rentrée saisissante pour le théâtre Jean Duceppe avec sa toute nouvelle pièce, Fragments de mensonges inutiles, racontant l’histoire de deux jeunes qui vivent leur homosexualité à travers le temps.
 
Amour dépassant les âges
 
La toute nouvelle création de Michel Tremblay, Fragments de mensonges inutiles, a pris l’affiche, cette semaine, au théâtre Duceppe de la Place des Arts. Fragments de mensonges inutiles, c’est l’histoire de deux jeunes, Jean-Marc (Olivier Morin) et Manu (Gabriel Lessard), qui s’aiment à travers le teSource: www.montheatre.qc.camps. Oui, vous avez bien lu, à travers le temps, car le premier vit en 1959 et le deuxième en 2009. Comment est-ce possible? Le talent de Michel Tremblay a réussi cet exploit. La scène, virtuellement divisée en deux partie, voit évoluer les deux époques simultanément. D’un côté, un mur beige, orné d’un crucifix; de l’autre, un mur noir, vide. Huit chaises qui se déplacent comme sur un échiquier. Huit personnages: deux mères, deux pères, deux amoureux, un psychologue et un aumônier. Le tout se déroulant en miroir, par duos, quatuors et parfois solos.
 
Deux époques, mêmes réalités
 
Dans une mise en scène impressionnante, les répliques s’enchainent et se croisent de part et d’autre de la scène. On a parfois l’impression que les deux jeunes sont aux deux endroits en même temps, surtout quand ils ont affaire au psy/prêtre. Le texte est touchant, empreint de colère, de tristesse et d’amour fou. La détresse des deux jeunes est palpable et le coming out de Manu, qui fond en larmes dans les bras de sa mère paralysée, est terriblement réaliste.

Source: Théâtre TélébecLes deux protagonistes, qui tentent d’accepter leur homosexualité, se retrouvent tous les deux seuls face à leur situation. Le premier est pris dans le silence et le mensonge, dans l’impossibilité de révéler au grand jour la peine qui l’afflige. Le second, sorti de l’ombre, se retrouve tout autant face au silence, incompris de sa mère et surprotégé par son père, à qui il ne veut pas se confier. On se rend compte à quel point, malgré les époques, la solitude homosexuelle demeure aussi grande. La réaction de leurs parents, confrontés à cette nouvelle situation, est impressionnante, surtout dans le cas de Nana (Maude Guérin), qui veut tout faire pour protéger son fils de la cruauté autres et qui confronte l’aumônier de manière remarquable dans un monologue à serrer le cœur.

Jeu réaliste des acteurs
 
Si l’histoire et les textes nous font vite entrer dans l’histoire, l’entremêlement des répliques amène parfois la confusion, surtout lorsque les deux côtés de la scène ne traitent pas du même sujet. La musique de genre opéra est également parfois un peu agaçante. Les nombreuses scènes d’affection entre Manu et Jean-Marc sont grandement appréciées et leurs caresses parfois placées dans des monologues d’autres personnages nous rappellent que l’amour est au centre de cette histoireSource: Les Tournées Paule Maher. Deux jeunes qui s’aiment par-dessus tout, un premier amour fou qui dépasse même le temps.
Une bonne introduction à Michel Tremblay
 
Cette pièce est une bonne idée de sortie, malgré son prix rédhibitoire, pour les jeunes qui veulent une première expérience de théâtre gai, tout autant que pour les habitués du domaine – même les hétéros – qui désirent se plonger dans un drame classiquement à la Michel Tremblay.
Fragments de mensonges inutiles est présenté au théâtre Jean Duceppe de la Place des Arts jusqu’au 17 octobre, puis en tournée du 24 octobre au 12 décembre.

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