Mariages gais: une question de symbolique


(Québec) C’est le plus beau jour de sa vie qui s’amorce sans même qu’il ne le sache. En arrivant dans la cour de l’Auberge, des amis de longues dates, copines du quotidien, parents et collègues de travail l’accueillent chaleureusement. Après accolades, lar mes et rires, le silence se fait. «Veux-tu m’épouser?», lui demande son âme soeur. La surprise est immense. Elle l’est sûrement aussi pour certains d’apprendre que la personne qui sollicite sa main et l’obtiendra moins d’une heure plus tard est un autre homme. Julien et Blaise (noms fictifs) ont échangé leurs voeux à l’été 2007 et, depuis, ils s’aiment pour le meilleur et pour le pire.

Souvent qualifiée de conservatrice, l’institution du mariage s’est ouverte, il y a quatre ans, aux couples dans la marge. Mais qu’est-ce qui motive les amoureux de même sexe à s’unir devant une institution qui les a si longtemps rejetés? Est-ce pour se «normaliser», pour accéder aux mêmes droits que les couples hétéros? Ce n’est certes pas pour réaliser le fantasme du conte de fée avec la robe et les fleurs comme c’est souvent le cas chez les couples traditionnels. Parce que, chez les homosexuels, ce sont majoritairement les hom mes qui vont de l’avant. «Non, c’est plutôt une question symbolique», confie Julien qui voit le mariage comme un pacte de respect mutuel, un engagement officiel à se soutenir.«Nous avons donné à notre mariage un crédit de fidélité, dit-il. Autant je n’avais pas l’intention d’aller voir ailleurs avant. Autant, depuis que je suis marié, j’ai le sentiment que je n’ai absolument pas le droit d’aller voir ailleurs. Comme si ça m’avait confirmé dans l’obligation de rester dans cette relation-là.»

Même si plusieurs jeunes homosexuels vivent dans des réseaux exclusifs aux gais, plusieurs couples ont quant à eux une «vie sociale hétéro», ajoute-t-il. «Nous, nous sommes très présents et actifs dans notre milieu et nos amis ne sont pas que des homosexuels.»

Le mariage a changé cet homme de 43 ans, élégant et masculin. En acceptant son homosexualité très jeune, il a dû faire le deuil du mariage et de la vie de famille, un choix déchirant. «Avant tout, on reste humain avec ce qui est le fondement principal de tout être, c’est-à-dire de procréer», souffle-t-il, pensif.

Mais voilà que son engagement avec Blaise lui ouvre une porte qu’il avait longtemps crue close, celle d’avoir des enfants. «Comme dans une suite logique, après le mariage on a commencé à penser à l’adoption», relate Julien, en ajoutant qu’un petit bout devrait se joindre à eux d’ici peu.

«Il a fallu que les moeurs évoluent pour qu’on puisse même se poser la question!», dit celui qui avait rejeté le projet il y a longtemps. Selon lui, la société québécoise est beaucoup plus ouverte qu’on se l’imagine. Et cette ouverture lui permet aujourd’hui de rêver à sa maison remplie de «p’tits bouts»!


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