Préservatif et Sida : le crime du Vatican en Afrique 1


«On ne peut régler le problème du Sida en distribuant des préservatifs. Au contraire, ces distributions augmentent le problème», a affirmé cette semaine le Pape Benoît XVI à bord de l’avion qui l’emmenait en Ouganda.

Stop! Rappelons tout de suite les faits. Si, dans les pays industrialisés, la transmission de la maladie et sa diffusion ont été largement réduites, c’est bien grâce à des campagnes massives de sensibilisation au port du condom, lequel est efficace à 99%. 

Le Sida fait rage en Afrique comme nulle part ailleurs au monde. Selon les derniers chiffres de l’ONU, les deux tiers des 33 millions de personnes vivant avec le VIH sur Terre se trouvent en Afrique. Les trois quarts des deux millions de personnes mortes du sida en 2007 habitaient l’Afrique subsaharienne.

L’Afrique est également le continent où le condom est le moins utilisé, pour des raisons économiques, bien sûr, mais surtout pour des questions de propagande religieuse.

Car ce n’est pas la première fois que l’église catholique affirme que le condom encourage la propagation du Sida. Depuis la fin des années 1990, c’est le discours officiel de l’église partout où elle est présente en Afrique. Déjà, la Cardinal Alfonso Lopez Trujillo affirmait catégoriquement dans une entrevue télévisée que le « virus du Sida est à peu près 450 fois plus petit que le spermatozoïde. Il peut donc passer au travers de la paroi du préservatif » (!!!)

Impossible de distribuer des préservatifs
Au début des années 2000, l’Archevêque Raphaël Ndingi Nzeki, de Nairobi au Kenya, évoquait déjà la position actuelle de Benoit XVI. « Le port du préservatif aide à transmettre le Virus du Sida au lieu d’arrêter sa transmission », affirmait-il haut et fort.

À la même époque, Gordon Wambi, directeur du programme de dépistage du Sida à Lwak, au Kenya déclarait en entrevue qu’il lui était impossible de distribuer des préservatifs à cause de la position officielle de l’Église catholique! Et les témoignages en ce sens sont nombreux…

Je me souviens même d’un reportage diffusé sur le site web de Radio-Canada vers 2002-2003, dont je n’ai pu retrouver trace, où il était mentionné qu’un prêtre avait fait brûler des milliers de condoms sur la place publique de sa ville en signe de mise en garde…

Il est donc facile de conclure que la déclaration du pape cette semaine est loin d’être une erreur de parcours… Sa déclaration publique n’est ni plus ni moins l’écho d’une politique de longue date de l’Église catholique en terre africaine.

Après cela, le vaticaniste italien Sandro Magister a osé affirmer cette semaine à l’AFP « que jamais l’Église n’a fait sur le terrain obstacle à la distribution de préservatifs et qu’elle n’obtient aucun résultat concret avec sa condamnation du préservatif qui continue à être utilisé dans le monde entier. Dire que l’Église a une responsabilité dans l’épidémie de sida est dénué de fondement.»

Le Sida se répand au sein du clergé
Et le pape Benoit XVI d’ajouter : « le meilleur moyen d’éviter d’être contaminé par le Sida, c’est l’abstinence ».

Quelle hypocrisie…!

Car si l’on se fie à une enquête du Kansas city star qui révélait en novembre 2000 que le taux de mortalité liée au Sida chez les prêtres catholiques avait été quatre fois supérieur à celui de la population en général au cours des années 1980 et 1990! Et que cette tendance était à la hausse!

Abstinence dites-vous??? Comment des prêtres peuvent-ils attraper le Sida s’ils sont supposément « abstinents »? Ne venez surtout pas nous dire que cette maladie s’attrape par l’opération du Saint-Esprit…

Si le Sida se répand avec une telle ampleur au sein d’une population qui fait vœu solennel de chasteté, comment peut-on prétendre que l’abstinence est une solution pour stopper la diffusion du Sida au sein d’une population qui est des plus actives sexuellement?? Quel but vise l’Église catholique par cette politique négationniste et dangereuse? Difficile de comprendre…

Car n’oublions surtout pas qu’en parallèle, l’Église catholique favorise une politique nataliste très forte. Pas besoin de vous faire un dessin : qui dit natalité dit aussi relations sexuelles non protégées, afin de pouvoir, bien évidemment, procréer. Comment peut-on vivre l’abstinence si, en même temps, on nous impose le devoir de concevoir des enfants?

Une politique criminelle
Donc, une chose est sûre, cette politique est tout simplement criminelle. Le Sida est un virus mortel. Transmettre le virus, c’est condamner la personne qui le reçoit, surtout en Afrique où l’accès aux médicaments est très difficile, voire inexistant.

Donc, condamner le seul moyen d’éviter la transmission d’un virus mortel au sein d’une population, c’est se faire complice de sa propagation, donc de la mort de millions d’individus. Il ne reste plus qu’à faire le pas où l’on peut accuser l’Église, par sa politique, de complicité de meurtre.

Il ne peut en être autrement, surtout si l’on se fit à la politique de l’église envers l’avortement où elle signale qu’avorter, c’est un crime, le meurtre d’un être qui aspire à vivre. C’est ce que l’on a vu cette semaine avec cette petite brésilienne de 9 ans qui s’est fait violée durant plusieurs années, qui est tombée enceinte et s’est fait avortée.

Si l’on a excommunié tout l’entourage de la petite qui a pris part à la décision et à la procédure d’avortement (donc encouragé le « meurtre » d’un embryon), est-ce que l’on doit excommunier tout le clergé, le Pape y compris, pour encourager le « meurtre » de millions d’Africains?


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.


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