Idéaux transplantés: quels organes sont sains et quels ne le sont pas?


Quel est le message envoyé au public canadien lorsque, dans certaines politiques du gouvernement, les hommes homosexuels sont regroupés avec les utilisateurs de drogue à injection? C’est une question que l’on doit se poser lorsqu’on examine la politique du ministère de la Santé du Canada sur le don d’organe par des homosexuels.

En décembre 2007, Santé Canada a officiellement lancé sa nouvelle politique qui interdit aux hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes de faire un don d’organe. Cette politique est une mesure de sécurité qui garantit que les maladies comme le VIH ne seront pas transmisses de donneur à receveur d’organe.

Plusieurs groupes ont été identifiés comme étant dangereux. Tout en haut de la lise figurent les prostitués, les utilisateurs de drogues à injection et, bien sûr, les « homosexuels actifs » c’est-à-dire n’importe quel homme ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme dans les cinq dernières années.

En reliant l’orientation sexuelle aux comportement socialement déviants dans sa politique, Santé Canada dicte tout simplement qui peut faire don d’organe et qui ne peut pas. Le message envoyé est que les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes présentent un certain danger pour les autres qui est directement relié à leur mode de vie sous-entendu.

Ce mode de vie est associé à la perception que les hommes gais sont très actifs et négligents quant aux relations sexuelles et qu’ils sont souvent impliqués dans l’utilisation de drogues à injection. Ce qui fait d’eux de potentiels porteurs du VIH ou d’autres ITSS et, par conséquent, des mauvais candidats au don d’organe. Et bien qu’il y ait certainement des individus – hétérosexuels comme homosexuels – qui correspondent à cette vision étroite, d’autres qui ne s’y réfèrent pas sont balancés dans un système injuste de classification généraliste.

Cependant, il serait bien d’observer que les femmes homosexuelles sont exclues de cette classification. Ceci est dû, tout au moins en partie, au fait que le préjugé associé aux hommes gais ne s’étend que rarement aux femmes lesbiennes et que les lesbiennes sont par le fait même regardées comme sans danger par les standards du gouvernement.

Vision conservatrice de l’hétérosexualité
Il y a d’autres arguments avançant que la transmission d’ITSS est augmentée pendant le sexe anal (contrairement au sexe vaginal ou oral). Cependant, pour valider cet argument, il faudrait supposer faussement que les homosexuels sont les seuls à pratiquer le sexe anal. On pourrait ainsi dire que le gouvernement, en plus d’entretenir des préjugés envers l’homosexualité, cultive une vision conservatrice de l’hétérosexualité.

Chose peu surprenante, plusieurs personnes ont été outrées par ces normes. Heureusement, le ministre de la Santé, George Smitherman, a publiquement reconnu l’énorme discrimination que ces normes répandent. Il a exprimé son indignation en disant que « d’avoir ces bureaucrates abrutis à Ottawa qui écrivent ce genre d’absurdités basées sur les préjugés éternels de leur département, tout en ignorant les gens de la vraie vie qui font ces choses, c’est ça qui a été le plus offensant. »

À la suite à cette question qui lui tient à cœur, le ministre Smitherman a annoncé que du travail serait fait pour que les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes soient informés des autres possibilités de don. En plus du ministre Smitherman, d’autres professionnels ont dénoncé cette injustice.

Il est souvent soutenu que malgré que certaines pratiques sexuelles puissent exposer les gens à de grands risques d’infection, ce n’est pas le sexe du partenaire, mais bien le nombre d’entre eux et les précautions prises (ou pas) qui identifient les risques d’infection d’une personne.

Et les receveurs d’organes, eux? Ne sont-ils pas la raison même de la mise en place de ces normes? Si telle est la manière de Santé Canada d’assurer que personne ne soit infecté par le VIH ou l’hépatite suite à un don d’organe, alors où est le mal? Le mal est à la santé de notre conscience sociale.

En identifiant les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes comme étant un souci du monde de la santé, on ne fait qu’appuyer les préjugés à leur égard, sans parler qu’on écarte une source potentiellement viable d’organes alors que l’offre est continuellement surpassée par la demande. Ainsi, la politique du mieux vaut être sûr que désolé que Santé Canada a bâtie est simplement inacceptable et injuste, ce qui oblige la population à crier son indignation en espérant que le gouvernement se propose pour une transplantation de cerveau.

Citation : Leslie, Keith. “Smitherman slams policy on gay organ donors.” The Toronto Star. http://www.thestar.com Jan 24th, 2008.
 


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