Quand les médias manquent de respect envers les minorités sexuelles 1


Ce week-end, nous pouvions lire un article au titre méprisant comme le Journal de Montréal le fait malheureusement trop souvent, « Tanya Veilleux, transsexuelle : coupable d’agression sexuelle sur un enfant ». Non mais Tsé! Hein? Ouain! Allo!, mais qu’est-ce que le mot TRANSSEXUELLE fout dans un titre où l’identité sexuelle de l’agresseur n’a rien à voir avec le crime posé?

Réagissant à l’article, une de mes amies m’écrit pour me signaler qu’elle déplore l’image que cette femme projette de la communauté transsexuelle. Je comprends très bien sa réaction. Il n’est jamais agréable de voir associer ce que l’on est, dans ce cas-ci « transsexuelle », avec un acte criminel. Toutefois, cette chère amie se trompe de cible.

Bien que les gestes de cette Tania Veilleux soient tout à fait condamnables (elle a été reconnue coupable de 13 chefs d’accusation, dont celui d’agression sexuelle), il n’en demeure pas moins que ce n’est pas elle qui soit responsable de l’amalgame fait, dans ce cas-ci, entre « transsexuelle » et « agresseur sexuel ». Le journal n’a aucune raison, aucune justification d’indiquer « transsexuelle » dans le titre, puisque cela n’a aucun lien, je dis bien AUCUN lien avec le crime.

Des agresseurs sexuels et des criminels, il y en a, malheureusement, dans toutes les communautés, dans toutes religions, dans toutes les cultures. S’il peut être intéressant pour

le lecteur de connaître l’origine sociale du condamné, il est grandement déplorable que les médias, et particulièrement le Journal de Montréal, soit des moins impartiaux dans ce cas.

Si l’accusé est blanc, chrétien et hétérosexuel, aucune mention n’est généralement faite dans le titre. Mais si l’accusé ou le coupable a le malheur d’être associé à une minorité, ce sont tous ses semblables qui écoperont par ricochet.

Si c’est un noir, on titra probablement avec son origine ethnique du genre : « Un haïtien coupable de… ». Mais si c’est un blanc, québécois pure laine, on titrera : « Un homme de 54 ans coupable de… ». Si le coupable est membre d’une minorité religieuse, le processus sera semblable. « Un membre d’une secte condamné à… » « Un musulman est coupable de… ».

Une connaissance à moi vient de voir son père être emprisonné pour voie de faits et agression sexuelle contre elle. Pourtant, le journal n’a jamais titré : « Un hétérosexuel coupable d’agression sexuelle sur son enfant »!

Tania Veilleux

Photo: Journal de Montréal

Pourquoi ce deux poids deux mesures alors? Pour deux raisons fort simples. D’abord parce que les médias diffusent de l’information axée sur les repères de la majorité. Si la majorité est blanche, hétérosexuelle et chrétienne, elle assumera que tout individu dont on ne donne aucun détail sera blanc, hétérosexuel et chrétien. Tout ce qui sera étranger à ceci sera donc décrit afin de soi-disant situer le lecteur.

Cela peut paraître valable comme argument et le journaliste, tout comme son employeur, se défendra sûrement ainsi! Mais c’est une justification tout à fait perverse, car les caractéristiques de la majorité n’étant jamais accolées à des manchettes criminelles, elle apparait alors toujours comme montrant patte blanche dans l’imaginaire du lectorat.

Car il ne faut pas se faire d’illusions. Quand, dans un titre, on retrouve « transsexuelle » être associée à « agresseur sexuel », le lien se fait malheureusement très rapidement et de façon insidieuse dans nos cerveaux : transsexuelle=agresseur sexuel, tout comme noir=gang de rue et arabe=terroriste.

La seconde raison est encore plus perfide et sournoise. Le sexe, la peur de l’étranger, le sang, le crime, ça fait vendre beaucoup de journaux, ÉNORMÉMENT de journaux. Donc, dans le cas que l’on étudie ici, ajoutant transsexuelle dans une nouvelle parlant d’agression sexuelle, ça fait doublement sexuel, donc doublement vendeur! C’est aussi simple que ça.

Plus un média est lu, écouté, vu, plus il attire les publicitaires en quête d’un lectorat ou d’un auditoire. La nouvelle n’est donc plus simplement traitée sous l’angle de son importance relative, mais selon son capital lucratif. Et c’est cette logique de plus en plus courante dans les salles de rédaction qui engendre des manchettes comme celle que l’on décrit ci-haut.

Donc, chers lecteurs, nous avons la responsabilité, chacun d’entre nous, de dénoncer cette désinformation médiatique qui est encore beaucoup trop présente dans nos médias de masse et populistes qui engendrent et perpétuent les préjugés racistes, sexistes et homophobes. Ce genre de titre est de la pure désinformation et est source de bien des préjugés dans notre société.

Alors ne vous gênez pas pour commenter cet article et, surtout, téléphoner ou écrire aux médias chaque fois qu’ils abusent de leur position privilégiée et contribuent à alimenter l’homophobie, le racisme et le sexisme.


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.


Leave a comment

One thought on “Quand les médias manquent de respect envers les minorités sexuelles

  • Antoine

    Très bien dénoncé chère Julie-Maude. Comme tu le sais parfaitement, il n’est question que de vendre du papier sali par des mots vendeurs, la soi-disant information n’est qu’un prétexte. Mais le journaliste, devenu publicitaire de rien et de vide ne fait pas que vendre sa soupe, il porte une responsabilité énorme dans l’influence qu’il exerce sur un public qui n’a pas encore appris à se méfier des media. Combien de haine, d’insultes, d’agressions, de crimes pourraient être évités si les media ne diffusaient pas tant d’inconscience, de méconnaissance et d’associations d’idées stupides. Combien? Faut-il attendre un nouveau Julius Streicher pour qu’il soit possible de faire agir la justice? J’espère que nous pourrons faire réagir la société avant, et pour commencer: n’achetez plus leurs journaux, choisissez vos news sur l’internet, et lisez-les toujours avec 3 pas de recul!!