Un survivant des Triangles roses défile à la Fierté Gaie de Berlin


Rudolf Brazda, un homosexuel persécuté pendant la Seconde Guerre mondiale, devant le mémorial aux victimes homosexuelles du nazisme, le 27 juin 2008 à Berlin.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé samedi à Berlin pour la désormais traditionnelle "Gay Pride", avec cette année un invité exceptionnel: Rudolf Brazda, 95 ans, le probable dernier survivant des "Triangles roses", ces homosexuels persécutés par les nazis.

Sous une pluie intermittente et au son de la musique techno, les manifestants, juchés sur des chars bariolés et décorés de ballons multicolores, ont parcouru sur 6 km les rues de la capitale, réputée comme un haut lieu de la scène homosexuelle en Europe. Les organisateurs, qui ont placé le défilé sous le thème de la lutte contre l’homophobie, attendaient près d’un demi-million de participants.

En queue de cortège, M. Brazda, un vieillard alerte qui vit près de Mulhouse (nord-est de la France) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait pris place sur une petite charrette aux couleurs d’une association gay locale.

Jusqu’à très récemment, les autorités et la communauté gay allemande considéraient qu’il n’y avait plus aucun témoin vivant des atrocités nazies contre les homosexuels. C’est en tout cas ce qu’elles avaient affirmé fin mai, au moment de l’inauguration au coeur de Berlin d’un monument à la mémoire de ces victimes.

Mais, après avoir appris par les médias l’existence de ce mémorial, M. Brazda s’est manifesté auprès des associations homosexuelles, qui l’ont immédiatement invité à Berlin.

Le vieillard, qui a fêté cette semaine ses 95 ans, a alors raconté son histoire à Alexander Zinn, responsable de la Fédération berlinoise des gays et lesbiennes (LSVD): né en 1913 près de Leipzig (est de l’Allemagne) de parents tchèques, il a à peine 20 ans à l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

En 1934, alors qu’il vit en concubinage avec son compagnon, il est condamné à six mois de prison en vertu d’une loi interdisant la "fornication" entre hommes. Expulsé par les nazis en Tchécoslovaquie, il se produit dans une troupe de théâtre et d’opérette, où il se distingue par ses imitations de Josephine Baker.

Après l’annexion de la région des Sudètes par le troisième Reich en 1938, Rudolf Brazda est à nouveau arrêté, puis finalement déporté à Buchenwald en 1941.

Contraint de porter le "Triangle rose", signe distinctif imposé aux homosexuels, il y est soumis au travail forcé, notamment comme couvreur sur des chantiers. Il survit pendant quatre ans aux privations, grâce à la "chance" qui selon lui ne l’a jamais quitté, et aussi à une liaison amoureuse avec un kapo communiste.

Après la libération du camp en 1945, il s’installe en Alsace, avec son nouveau compagnon, qui partagera sa vie pendant plus de 50 ans. "Après guerre, j’ai eu une vie très heureuse. Nous n’étions plus obligés de nous cacher, comme avant, lorsque nous étions considérés comme des anormaux", a observé "Oncle Rudi" vendredi à Berlin, en déposant une fleur devant le monument à la mémoire des "Triangles roses".

"Mais Dieu merci, aujourd’hui nous sommes libres. La démocratie, il n’y a rien de mieux", a ajouté avec un sourire le vieil homme, qui confie avoir encore peur des néo-nazis.

Sous le nazisme, plus de 50.000 homosexuels ont été condamnés en vertu d’un article du code pénal abrogé seulement en 1969 – l’homosexualité n’étant totalement dépénalisée en Allemagne que depuis 1994.

Selon les estimations, entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été déportés dans les camps de concentration, où la grande majorité d’entre eux sont morts d’épuisement et de mauvais traitements.

Cette politique a donné lieu à des expérimentations médicales sur les déportés gays, soumis à des injections hormonales, voire des lobotomies ou des castrations.


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