The L Word : la fin d’une belle histoire de filles


« J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer… » Ah! Ce que je déteste quand on use de ce stratagème pour me faire avaler une mauvaise nouvelle! Pas vous? C’est pourtant cette stratégie horripilante qui a été utilisée par Showtime pour annoncer la fin de la série culte The L Word (Elles, pour la version québécoise).

« Vous savez quoi les filles? Shane, Bette, Jenny, Tina, Alice et compagnie vont revenir pour une sixième saison!!! » Tout le monde de s’exclamer : « Génial! Je suis vraiment accro! C’est la meilleure série de filles jamais réalisée! » Et là, on vous balance en pleine patate : « Mais, euh… ce sera la dernière… et elle n’aura que huit épisodes, contrairement aux douze habituels… »  « Quoi? Non, c’est pas vrai… juste huit épisodes? Ça sera comme arrêter de faire l’amour juste avant l’orgasme! Un vrai coït interrompu! »

« Nous sommes très fiers de ce que nous a apporté The L Word, une série qui s’est largement élevée au dessus du genre de celles traitant de la communauté gay, a déclaré Robert Greenblatt, directeur des programmes de la chaîne. La série et son titre sont entrés dans la langue courante et la profondeur des personnages, ainsi que leurs histoires, sont une ode au talent de Ilene Chaiken (créatrice et productrice exécutive de la série) ainsi qu’à son incroyable distribution ».

Bla…Bla…Bla… Merci M. Greenblatt! Merci de nous venter les mérites de la série et du beau travail réalisé afin de vous déculpabiliser… Tout ça ne nous ramènera pas les succulents personnages développés au cours des épisodes et qui nous donnaient tant à jaser le vendredi soir au bar le Drugstore! Si des milliers, non, des millions de filles (et quelques gars au passage) arrêtaient pratiquement de vivre entre deux épisodes, c’est parce que c’était plus que bon, c’était excellent!

Mais en ce qui me concerne, je suis loin d’être arrivée à ce coït interrompu. Je viens à peine d’entamer la quatrième saison en format DVD (avec un horaire chargé et disparate, difficile de se planter devant la télé au bon moment…). Alors j’ai encore une bonne quantité d’heures de cocooning en réserve à écouter cette merveilleuse série auprès de ma douce copine les dimanches soir.

Il faut dire que si je suis en retard, c’est que j’y ai mis du temps avant de me mettre à regarder ce qui est devenu un incontournable pour toute lesbienne digne de ce nom. Au départ, le marketing de la série ne me plaisait pas… Bien que l’idée était de mettre fin aux stéréotypes lesbiens par le choix du casting, je trouvais que les personnages manquaient de diversité corporelle. Toutes hyper belles, grandes et, surtout, minces, voir très minces…

Et bang! On fait taire un stéréotype pour mettre un autre en valeur! Où sont les filles potelées? Aucune fille voluptueuse à l’écran… Pourtant, ce n’est pas ce qui manque dans la communauté lesbienne! Des belles filles avec de petites et jolies poignées d’amour, il y en a autant que de belles filles minces et élancées… Moi qui aie un faible pour les filles pulpeuses, la série m’a toujours déçue par ce manque de représentativité de la réalité.

Mais bon, l’intrigue et la qualité du scénario ont quand même réussi à m’avoir! Difficile de ne pas se demander quelle sera la future conquête de Shane après son mariage manqué. Où nous conduira la prochaine crise existentielle d’Alice et finira-t-elle par se caser?  Jenny sera-t-elle une grande auteure à succès? Bette et Tina se retrouveront-elles enfin et finiront-elles par reformer la belle petite famille qu’elles avaient créé en début de la série? 

Au passage, Showtime annonce que la série verra sa grande finale sélectionnée par le vote des fans. La créatrice de The L Word a annoncé que cette ultime saison comprendra une partie interactive importante. Il ne reste plus qu’à déterminer par quel moyen.  

Mais on imagine déjà les hordes de fans envahir le site Internet de la série www.sho.com/site/lword/home.do et les communauté en ligne sur le sujet tel www.OurChart.com pour mettre leur grain de sel sur la finale avant de devoir vivre un deuil…

Telle une bonne maman voulant nous consoler, la productrice Ilene Chaiken nous a tout de même soufflé ces quelques mots.  « Ce n’est certainement pas la fin de The L Word, a-t-elle signalé. Le site continuera d’être une destination pour les lesbiennes du monde entier et sera un héritage durable de la série »

En parlant d’héritage, je suis sûre que la série a eu des impacts inattendus. Combien de jeunes filles en questionnement ont pu ainsi réaliser et comprendre qu’il était possible de vivre l’amour entre filles, grâce à ces modèles de femmes épanouies?

Et que dire des multiples scènes torrides de cette série qui ont permis à plusieurs de découvrir comment deux femmes pouvaient faire l’amour? « Une chance qu’il y a eu cette série, sinon j’aurais jamais su comment faire l’amour à une femme! The L Word, c’est trop sexe… », me lançait tout bonnement, il y a quelques mois, l’amie de ma voisine, toute fière du haut de ses 17 ans de me dire qu’elle était lesbienne.

Alors que le gouvernement du Québec souhaite éliminer les cours d’éducation sexuelle au secondaire, nous pourrons nous réconforter en pensant que des programmes de ce genre sauront prendre la relève auprès des plus jeunes d’entre nous!

À moins que la diffusion de ce genre de série soit empêchée à cause du projet de loi C-10 du gouvernement conservateur canadien visant à couper le financement aux émissions et stations diffusant des productions jugées « contraires à l’ordre public ». Ce qui donnera à Patrimoine Canada le pouvoir de supprimer de façon discrétionnaire le financement des productions qui contiendraient, par exemple, des scènes de sexualité explicites, de la violence ou de la propagande hai
neuse.

Mais bon, d’ici là, on peut se réconforter en écoutant le dernier épisode de la cinquième saison, le 23 mars prochain qui, assurément, ne sera vraiment pas censuré sur la chaîne câblée Showtime. Si cela vous est impossible ou si vous n’êtes pas familières avec l’anglais, faites comme moi et écoutez les en rafale sur DVD!

 

Ici la bande annonce de la cinquième saison:

 

 

 


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.