Action Séro Zéro dénonce le financement précaire de son programme Travailleurs du sexe destiné aux hommes qui exercent la prostitution à Montréal.


Les Rendez-vous des films québécois présentaient le 22 février dernier, en primeur, Hommes à louer, un documentaire-choc du cinéaste Rodrigue Jean qui nous fait suivre sur une période d’un an le parcours de onze jeunes hommes qui font de la prostitution de rue. Action Séro Zéro a profité de cette tribune pour dénoncer le manque d’argent et de récurrence des budgets pour son programme de prévention auprès des travailleurs du sexe de Montréal.

« Le film Hommes à louer auquel notre ressource a collaboré avec l’équipe du cinéaste Rodrigue Jean, jette un regard sans complaisance sur la prostitution masculine à Montréal et donne enfin la parole à des hommes trop souvent étiquetés comme laissés-pour-compte par la société. », a déclaré M. Robert Rousseau, directeur général d’Action Séro Zéro.

« Qu’on le veuille ou non, l’industrie du sexe existe dans notre ville. Ce n’est pas une fiction, mais bien une réalité observable à Montréal comme dans tous les grands centres urbains. Ce n’est pas tant la prostitution qui dérange, mais les phénomènes qui y sont associés et auxquels on se doit de porter une attention. Par contre, on ne peut rester indifférent aux vécus de ces personnes qui sont des centaines à éprouver un grand besoin d’aide. »

Un programme qui rejoint des centaines de travailleurs du sexe
Le programme « Travailleurs du sexe » (TDS) a été mis en place par Séro Zéro en 1996. Au début Séro Zéro recevait une subvention de la direction de la Santé publique de Montréal. En 2004, par le biais d’un programme de financement conjoint fédéral/provincial : IPAC (Initiative de partenariats en action communautaire), on accordait à l’organisme une subvention qui a contribué à augmenter les ressources humaines rattachées à ce programme.

Avec un budget total de 144 900 $ — ce qui est bien peu en comparaison avec ce qu’il en coûterait dans le réseau de la santé — l’organisme communautaire a pu mettre en place un programme novateur et adapté aux réalités vécues de cette population. À l’été 2000, Séro Zéro inaugurait un local (Centre du soir) dans le but d’offrir aux travailleurs du sexe un lieu de répit, où temporairement, ils pouvaient se soustraire aux dynamiques de la rue.

Ce centre unique au Québec est reconnu par le milieu de la santé comme un service efficace en prévention considérant qu’il réussit à rejoindre une population très souvent désaffiliée et difficile à cibler à travers les services de santé traditionnels. Le Centre de soir qu’on appelle « le local » offre aux travailleurs du sexe la possibilité de recevoir l’écoute, le soutien et l’accompagnement par des intervenants formés et sensibles aux réalités de ces hommes.

L’équipe sur place, assure quotidiennement, la tenue d’activités de prévention et d’éducation toutes guidées par des approches qui considèrent la santé globale et la réduction des méfaits. Quelques partenaires collaborent à la bonne marche des opérations, comme le CLSC des Faubourg qui offre des services de santé allant du dépistage des ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) aux services de soins mineurs, et ce, à toutes les semaines.

« Les infirmières qui offrent ces services ont dû gagner la confiance des travailleurs du sexe afin qu’ils acceptent des soins et des services », a déclaré Mme Suzanne Carrière, directrice des services spécifiques et santé publique pour le CSSS Jeanne Mance (CLSC des Faubourgs). « Elles ont dû parfaire leurs connaissances en ce qui a trait à l’itinérance, à la santé mentale, la toxicomanie et au travail du sexe chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes »

Annuellement, par le biais de son programme TDS, Séro Zéro rejoint plus de 300 hommes qui font du travail du sexe principalement sur la rue (l’âge moyen est de 26 ans). L’an dernier, plus de 3 800 interventions ont été réalisées uniquement au Centre de soir, où à chaque année depuis 2004, on observe une augmentation de la fréquentation d’au moins 8 %.

Un manque de vision à long terme
En décembre dernier, Séro Zéro s’est vu refusé une demande de financement que l’organisme avait soumise à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal dans le cadre du programme créer en remplacement de l’IPAC. « Ce refus vient mettre grandement en péril notre capacité à poursuivre certaines de nos activités puisqu’il nous obligera à couper de 50% nos ressources humaines. Dans ce contexte et bien malgré nous, nous serons forcés de revoir l’ensemble de nos services. Cela aura des conséquences importantes puisque pour plusieurs des travailleurs de sexe, le programme TDS représente l’unique ressource qu’ils fréquentent », rapporte M. Rousseau.

« Ce qui est inacceptable dans toute cette situation c’est que nous risquons de perdre contact avec des travailleurs du sexe que nous suivons depuis plusieurs mois, voir des années. Plusieurs ont fait un grand cheminement qui donne des résultats tangibles et observables. Tout cela, risque d’être à rebâtir. Une majorité de ces hommes ont vécu des parcours de vie difficiles, et dans certains cas c’est ce qui explique où ils en sont », ajoute M. Rousseau.

Séro Zéro demande aux gouvernements provincial et fédéral ainsi qu’aux instances de la santé publique de hausser le financement voué à la prévention et au soutien offerts par les organismes communautaires, particulièrement pour les programmes destinés aux hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, incluant les travailleurs du sexe. M. Rousseau ajoute que la prévention dans un grand centre comme Montréal, nous force à conjuguer avec de nombreux défis. «Pour être davantage efficace, il est clair que nous avons un besoin urgent de ressources financières additionnelles. Les défis sont de plus en plus grands et pourtant nos budgets n’augmentent pas. »

« Les hommes qui font du travail du sexe sur la rue ont pourtant déjà été identifié
s comme une population prioritaire par la santé publique, L’ajout de financement raisonnable nous permettrait de poursuivre nos activités et de réaliser des projets à plus long terme et de façon concertée. Il est à mon avis plus que nécessaire qu’un plan d’action — et que l’on respectera cette fois — soit mis en place. Le problème est qu’actuellement, il manque de volonté politique chez nos élus.

D’ailleurs, le contexte le démontre bien. Dans le but de prouver à la population l’efficacité de nos actions et de nos décisions, on élabore rapidement des politiques et des actions de l’ordre de la répression. Dans les faits, très peu se règle sur le terrain et les situations qu’on souhaite voir disparaître se déplacent ailleurs ou s’aggravent (plusieurs analyses et études le démontrent). Cette répression crée un climat où l’intervention sociale devient très difficile, d’autant plus qu’il manque de ressources. »

« Il y a plus d’un an, une rencontre avec les principaux partenaires de la Santé publique concernés par la problématique a eu lieu pour signifier clairement nos besoins financiers, et ce, afin de répondre adéquatement aux besoins et aux demandes de ces personnes. Un document a été rédigé et acheminé au Ministère de la Santé et des Services sociaux. Nous attendons toujours une réponse, a fait savoir Mme Carrière.

« Les décideurs doivent dès maintenant s’engager sérieusement au-delà de leur mandat de quatre ans. Séro Zéro est prêt à collaborer. Nous sommes bien placé pour savoir que tout ne peut venir que de l’état. Nous sommes prêt à relever les nombreux défis que cela crée. Toutefois, les élus ont aussi un rôle à jouer afin que nos sociétés considèrent davantage l’intégration des personnes marginalisées au sein de nos collectivités », a conclu M. Rousseau.

Depuis 1991, Action Séro Zéro propose aux hommes gais, bisexuels ou ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes divers programmes gratuits de promotion de la santé et de prévention du VIH/sida et des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). En plus de ses divers programmes qui privilégient la transparence, le respect et l’ouverture d’esprit, Séro Zéro et son équipe d’intervenants possèdent une expertise en recherche communautaire et organisent également des campagnes innovatrices de marketing social.


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Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.

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