Journée ethnoculturelle 2007 : une réussite!


Lorsqu’on m’a invitée à venir donner un coup de main à AlterHéros à la Journée Ethnoculturelle, le 5 mai dernier, j’avoue que j’y allais en n’ayant aucune idée de ce qu’était l’événement. «Ethnoculturelle»? J’avais en tête une fête folklorique avec des danseurs de partout dans le monde et des tables couvertes de nourriture exotique! Mais bien entendu, ce n’était pas le cas! La Journée Ethnoculturelle est en fait un symposium organisé depuis quelques années par un regroupement d’organismes LGBT, centré autour des difficultés que doivent vivre les allosexuels issus des communautés culturelles.

Tenue sur le thème «Visible – Invisible», la journée proposait des activités variées : films, kiosques d’informations, ateliers et conférences. Toutes avaient pour but de démontrer tout le travail qui est fait afin de briser de multiples discriminations : homophobie, racisme, sexisme, discrimination religieuse, voire même persécution.

Le thème de la discrimination religieuse a été abordé par un panel formé de plusieurs ministres du culte montréalais : un catholique, une protestante et deux musulmans. La période de questions fut apparemment fort houleuse, les homosexuels musulmans exprimant une forte colère contre le rejet qu’ils subissent au sein de leur communauté. Comme quoi, même ici, loin des pays islamiques, il reste beaucoup de travail à faire.

Démystifier la bispiritualité
La situation des allosexuels issus des premières Première Nations nous a été expliquée par M. Craig Ross lors d’une conférence en après-midi. Le thème central de son exposé était la notion de bispiritualité (two-spirit). Historiquement, il s’agissait d’un «troisième» genre présent dans certaines nations amérindiennes, qui regroupait tous les individus s’écartant des archétypes traditionnels de la masculinité et de la féminité. Un groupe de jeunes homosexuels autochtones a ressuscité le terme dans les années 80.

Pour pouvoir vivre tels qu’ils sont, ils sont souvent forcés de quitter leur réserve, où le taux de suicide est alarmant. Confrontés au monde urbain, ils ont bien sûr le réflexe de vouloir se rattacher à une communauté. La communauté autochtone? Elle n’est pas plus ouverte à l’homosexualité. La communauté gaie? C’est une communauté très blanche et urbaine dans laquelle il est mal vu d’afficher visiblement son appartenance culturelle. Forcés de cacher une de leurs identités pour pouvoir affirmer l’autre, la bispiritualité est le concept qui a servi pour certains à unifier leur identité. Et à leur grande surprise, ce terme est devenu très en vogue au fil des années!

Des témoignages touchants
Deux autres intervenants, Tiago Graça (le président d’AlterHéros) et Notisha Massaquoi, sont ensuite venus poursuivre dans le même registre. M. Graça, d’origine portugaise, est venu expliquer à quel point il doit cacher son orientation sexuelle à chaque visite dans son quartier, pourtant situé dans un arrondissement très jeune et branché de Montréal. Encore très attaché à une forte tradition catholique et à un sens de «l’honneur familial», il a raconté qu’il se sent parfois déchiré entre le secret et l’affirmation. Pour les gais des communautés culturelles, la pression de leur orientation sexuelle n’est que le début… ils ont aussi la pression d’être les représentants d’une famille, d’un quartier, d’une culture, voire même d’une nation entière.

Quant à Mme. Massaquoi, elle est venue parler de tous ces sujets, en y ajoutant les dimensions du sexisme et des stéréotypes raciaux auxquels doivent faire face les femmes noires. Dans une série de photos, elle nous a démontré à quel point l’image de la femme noire était devenue hypersexualisée, ce qui, on en conviendra, n’aide pas la cause. Elle a aussi parlé de la situation des femmes lesbiennes ailleurs dans le monde, qui ne peuvent vivre sans le support d’un mari et qui se voient forcés de vivre dans le mensonge pour simplement pouvoir survivre. Car, dans certains pays, les lesbiennes qui s’affichent risquent la violence et même la mort aux mains de groupes homophobes. Les femmes canadiennes qui veulent retourner visiter leur pays courent les mêmes dangers, ce qui les décourage et les prive de revoir leur famille et leur patelin.

Côté films, on a eu droit à une sélection internationale de courts métrages montrant les facettes de la vie LGBT dans diverses cultures. Le clou de la soirée cinématographique fut la première du film «D’ici et d’ailleurs» de Nada Raphaël, chronique de 9 montréalaises, de leur cheminement, de leur coming-out, de leur intégration à la vie québécoise. La plupart ont tout laissé derrière elles afin de venir dans cette ville où ils peuvent vivre librement, et c’est leurs difficultés et leurs joies qui ont été mises en évidence.

 

photo : Maghali Gagné

Alterhéros avait son kiosque à l’évènement, où l’on donnait des informations à propos de l’organisme, et surtout, où on offrait de la fondue au chocolat aux visiteurs qui pouvaient habilement répondre à une question (généralement très facile) sur un mythe à propos la communauté allosexuelle. Il fallait voir notre directrice de l’animation, Katherine, équipée de sa cape et de ses pompons de meneuse de claques, s’offusquer des pique-assiette qui ne passaient pas le test de la question!

À la fin de la journée, c’est le kiosque de Jeunesse Lambda qui a remporté la palme du public. On pouvait y faire un petit dessin sur un morceau de tissu, et tous les petits dessins seront cousus ensemble pour faire un grande courtepointe.

Félicitations au comité organisateur ainsi qu’aux bénévoles pour leur énorme travail. Il fallait les voir, avec leur chandail vert, courir dans tous les sens… l’organisation d’un tel événement n’est pas de tout repos! Bravo et à l’an prochain!


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