Gai ou femme premier ministre, même combat?


Le Québec homophobe? Malheureusement, oui. Euh… du moins en partie! Même si la belle province est probablement l’État sur cette planète où l’égalité des droits, tant politique que sociale, envers les minorités sexuelles est la plus avancée dans le monde, n’empêche qu’il y a toujours quelques poches de conservatisme résistant encore et toujours à l’envahisseur.

Les propos tenus il y a quelques jours par un animateur de radio du saguenay à l’encontre du chef du Parti Québécois

, André Boisclair, le démontre bien. En dénonçant le fait que le Parti Québécois était désormais, à son avis, un “club de tapettes”, cet animateur populaire a démontré que l’homophobie existait encore bel et bien dans la belle province.

Derrière le politically correct
À l’heure du politically correct, il est maintenant mal vu de parler contre les gais, comme ce l’est depuis quelques décennies pour les femmes, les noirs, les juifs et les autres ethnies. Mais, comme on l’a vu lors de récents sondages, si les gens affirment tout haut qu’ils ne sont pas sexistes, racistes ou homophobes, rien n’empêche qu’il y en a plusieur qui, intérieurement ou en privé, pensent et affirment le contraire.

J’ai l’impression que l’homophobie dont est victime ces jours-ci André Boisclair provient surtout de milieux hétérosexuels mâles. Beaucoup d’hommes d’un certain âge ne sont toujours pas prêts, en 2007, à être dirigés par une femme ; ils ne sont pas plus prêts  à être dirigés par une « tapette », comme on a pu l’entendre sur les ondes d’une radio du Saguenay.

Étudions donc le discours entendu. « Je n’ai rien contre les gais. J’ai même un ami gai! Mais, câline, je voterai pas pour une tapette! Ça va donner quoi comme exemple à la jeunesse? Pis ça aidera vraiment pas le Québec à avoir plus d’enfant de savoir que le PM est gai. Ça fait pas des enfants forts, un gai… »

Belle logique…

Malheureusement, j’ai entendu ces jours-ci plusieurs hommes aller dans le sens de l’animateur saguenéen. J’ai même des amies qui m’ont confirmé que leur père pensait la même chose. Et on n’est pas à St-Loin des meuh-meuh, mais bien en banlieue de Montréal.

Par contre, je n’ai pas encore entendu ce genre de discours provenant de femmes. Sont-elles d’accord avec ces hommes? Ou bien est-ce parce que les hommes gais deviennent tout d’un coup un allié naturel dans cette lutte de pouvoir où, malheureusement, c’est encore l’homme hétérosexuel qui a encore trop souvent l’avantage de la glace? Difficile à dire, il faudrait explorer cette idée plus loin.

La peur du changement
Mais revenons au cœur du problème. Les différences font peur. La nouveauté aussi. Bien que tous les partis se réclament du changement, la population préfère la continuité idéologique. C’est pour ça que les partis politiques se ressemblent tant. À part quelques clivages entre fédéralistes ou souverainistes, souvent, le reste des programmes, c’est souvent blanc bonnet ou bonnet blanc.

Donc en remplaçant les libéraux par les péquistes ou adéquistes, les gens ont l’impression de s’offrir du changement dans la continuité. Car au fond, les visages changent, le style change, mais le fond reste pareil.

C’est là, à mon avis, qu’être une femme première ministre, ou premier ministre gai, vient bousculer cette image du changement dans la continuité. Pour bon nombre de personnes, une personne gaie, c’est l’inconnu. Ça dirige un pays comment un gai?

Comme ils n’en côtoient pas (du moins pensent-ils) et n’en n’ont pas dans leur famille, ils croient que promouvoir cette réalité fera en sorte qu’il y en aura de plus en plus. Cette « maladie » pourrait même toucher des membres de leur famille ou leurs enfants, ce qui est la pire chose qu’ils entrevoient pour leur progéniture.

Bref, quel sera le Québec de demain avec un premier ministre gai à sa tête? Pour ces gens, c’est l’inconnu. Il n’y a plus de cadre de référence. Un changement dont on ne connaît pas le résultat, ça fait peur et c’est loin d’être rassurant. Alors aussi bien voter pour celui qui était en place au cours des dernières années! Car même s’il était médiocre, on sait au moins à quoi s’attendre avec lui.

Triste, mais vrai…

Il y a encore beaucoup de chemin pour atteindre l’égalité sociale au Québec.  Des « je suis pas sexiste, mais… » aux « je ne suis pas raciste, mais… » on est maintenant rendu au « je n’ai rien contre les gais, mais… ». Au moins, ça a le mérite de faire en sorte, qu’en apparence, les choses évoluent! Mais le vrai changement profond, lui, se fera sur plusieurs générations, que ce soit à propos du sexe, de la race ou de l’orientation sexuelle.


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.