Brokeback Mountain : la tragédie de l’intolérance 1


Dernier film du renommé réalisateur Ang Lee et adaptation cinématographique d’une nouvelle d’Annie Proulx, Brokeback Mountain est déjà un coup de cœur autant dans la communauté allosexuelle que dans le monde du cinéma international. En nomination dans plusieurs catégories pour les Golden Globe Awards, le film s’est aussi mérité le Lion d’Or au Festival International des Films de Venise.

Affublé du titre de « western gai » par plusieurs médias, le film n’est qu’un western strictement du fait qu’il se déroule dans le Far West américain. Nous sommes en 1963, au Wyoming. Deux jeunes cow-boys, Ennis Del Mar (Heath Ledger) et Jack Twist (Jake Gyllenhaal), doivent travailler ensemble pendant un été. Peu à peu, ils se développeront une intimité qui se transformera en toute innocence et à leur insu, en amour : un amour qu’ils ne peuvent encore s’avouer, ni nommer.

« Je ne suis pas homo… Juste cette fois-ci! C’est l’affaire de personne d’autre », se disent-ils. Cependant leur relation perdurera maintes années, malgré le mariage, les enfants, le travail et les responsabilités. Seul l’intolérance de la société sera un jour capable de venir se dresser entre eux…

Il est un énorme défi que d’adapter une pièce littéraire au cinéma. Avec Brokeback Mountain, ce défi est aussi grand et tout autre. La structure et le rythme d’une nouvelle est nécessairement différente de celui d’un roman où l’auteur peut décrire l’évolution psychologique de ses personnages à souhait, avec une entière liberté au point de vue de la longueur. Tandis que dans la nouvelle, un peu comme dans la poésie, tout doit être condensé, chaque mot devant peser doublement.

Le film doit donc nous présenter, comme un éventail qui s’ouvre, toute la palette d’émotions contenue et cachée dans la pièce originale.

Une adaptation réussie
Ang Lee et ses scénaristes, Larry McMurtry et Diana Ossana, ont ainsi réussi avec succès une adaptation –qui est nécessairement interprétation– juste, sobre et posée de la nouvelle d’Annie Proulx, parfois en allant jusqu’au pied de la lettre, parfois en rajoutant des scènes qui ne détournent nullement de l’original.

Comme dans la nouvelle, en regardant Brokeback Mountain, on arrive à ressentir constamment toute l’urgence et la passion de l’amour entre Jack et Ennis. Que ce soit dans le triste regard bleu et doux de Jake Gyllenhaal ou bien l’air renfrogné de Heath Ledger, le jeu des acteurs demeure toujours naturel, sans effort, et nous laisse tranquillement plonger dans ce que vivent nos deux protagonistes.

Il faut aussi mentionner les excellentes prestations de Michelle Williams (Alma Del Mar) et Anne Hathaway (Lureen Newsome), qui jouent les femmes d’Ennis et de Jack. Rôles importants, car ce qui rend Brokeback Mountain encore plus intéressant, c’est que les femmes ne sont pas reléguées à l’arrière plan. Elles nous font voir un autre aspect de la vie de Jack et Ennis : l’amour qu’ils portent à leur femme est tout aussi tangible, et ces femmes vivent, elles aussi, leur propre tragédie.

D’un autre côté, les magnifiques paysages dans lesquels Jack et Ennis pourront se retrouver et s’évader (le film a été tourné en Alberta) – les grandes plaines, les montagnes, en plein milieu de la nature, éloignés de toute civilisation, nous donnent un répit par rapport au drame qui est en train de se dérouler.

L’amour n’a pas de sexe
Drame, mais jamais mélodrame : Ang Lee évite le pathétique Hollywoodien pour nous faire un simple et honnête portrait de la vie de Jack et Ennis. Mais le plus grand message qui est transmis, c’est que l’amour n’a pas de sexe. Le cinéma associe trop souvent les personnages gais avec la féminité, sans parler des innombrables stéréotypes qui en découlent.

Brokeback Mountain se démarque de tous ces autres films par le fait que ses héros sont personnifiés probablement par ce qui est l’ultime représentation de la virilité masculine : le cow-boy. Virilité qui n’empêche nullement des moments de grande affection et tendresse entre Jack et Ennis.

En fin de compte, ce film pourrait tout aussi bien toucher la population hétérosexuelle. Les histoires d’amour sont intemporelles et nous avons tous quelque part Jack et Ennis en nous. Brokeback Mountain n’est pas simplement un film gai pour les gais, mais bien un superbe exemple de ce dont le septième art est capable : émouvoir et toucher son auditoire en tant qu’être humain et non en fonction de son sexe ou son orientation sexuelle.

Bref, un film à ne pas manquer!

Brokeback Mountain est à l’affiche depuis le 16 décembre 2005.
Site officiel du film : www.brokebackmountain.com

Ang Lee, filmographie :
Brokeback Mountain (2005)
The Hulk (2003)
Crouching Tiger, Hidden Dragon (2000)
Ride With the Devil (1999)
The Ice Storm (1997)
Sense and Sensibility (1995)
Eat Drink Man Woman (1994)
The Wedding Banquet (1993)
Pushing Hands (1992)

Annie Proulx est l’auteur de The Shipping News (porté à l’écran par Lasse Hallström) et trois autres romans, That Old Ace in the Hole, Postcards et Accordion Crimes, ainsi que des recueils de nouvelles Heart Songs, Close Range et Bad Dirt. Récipiendaire du Prix Pulitzer, le National Book Award, le Prix International de Fiction du Irish Times, deux Prix O. Henry et un PEN/Faulkner, elle réside au Wyoming et à Terre-Neuve.


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One thought on “Brokeback Mountain : la tragédie de l’intolérance

  • Som

    Tres bon film, a recommander a nimporte qui! J’aurai jamais penser pleurer pour un film..