Un nouveau souffle pour Mylène Farmer 1


Six ans après son dernier opus intitulé Innamoramento, Mylène Farmer revient au devant de la scène avec un nouvel album : Avant que l’ombre… Composé de 14 titres, il contient en plus un petit bijou caché Nobody knows.
Il y a une vingtaine d’années, la belle aux cheveux (faussement) roux, née au Québec, commençait sa carrière en France et imposait un style bien particulier jusqu’à devenir une icône dans le milieu gay français : voix douce et aigue, parfois aussi frêle qu’un murmure, des textes subtilement coquins, traitant de certains tabous tels que le lesbianisme et la prostitution (Libertine), la « perversion » (Pourvu qu’elles soient douces, ode à la sodomie… bien que je ne considère pas la sodomie comme une perversion, mais comme un moyen de retrouver la divinité en soi…), la confusion des sexes (Sans contrefaçon, où elle clame à qui veut l’entendre qu’elle est un garçon!), mais aussi la recherche de l’autre, le besoin viscéral d’aimer etc…
Elle a su créer un univers de mystère où les névroses sont mises en mots et la cruauté de l’amour, omniprésente.
Beaucoup regrettent la période plus sombre, plus névrosée de Mylène Farmer, au temps de « Libertine », « Sans contrefaçon » et surtout de « Désenchantée », titre qui passe fréquemment dans les clubs montréalais (et même mexicains). L’album Anamorphosée, sorti en 1995, représentait un tournant dans la carrière de la chanteuse, avec des sonorités plus rock. Innamoramento (2000) était à mon sens caractérisé par du trop plein : trop d’orchestrations, trop d’électronique, une voix trop retravaillée et trop synthétique, malgré quelques titres intéressants.

Un réel plaisir
C’est avec un réel plaisir que j’ai découvert ce nouvel album. Cela faisait longtemps que j’attendais de Mylène (genre, on se connaît!) un souffle nouveau dans son style, et un certain retour aux ambiances noires de ses débuts. Les titres d’ Avant que l’ombre…, quoiqu’en dise le critique du Fugues (qui a rédigé un petit texte incisif au sujet de cet album et de l’artiste, et ne lui rend vraiment, mais alors vraiment pas justice!), retrouve une couleur plus sombre. Les musiques y sont plus lentes, plus naturelles, plus profondes, souvent des ballades mettant en valeur la qualité des textes de la chanteuse qui aime jouer avec les mots.
Mylène y parle en d’autres morts de la douleur d’aimer, de l’attente de l’être aimé, du mélange du plaisir et de la douleur, et envoie valser le politiquement correct. Sa voix est également plus posée, beaucoup moins retravaillée que dans les opus précédents, plus assurée, plongeant dans les notes graves et atteignant des aigues assez étonnantes (Écoutez Et pourtant ou, l’une de mes préférées Avant que l’ombre, longue introduction à l’album qui se termine par des prouesses vocales de la Mylène).

Un album relativement hétérogène
Avant que l’ombre… s’avère être un album relativement hétérogène, même si les ballades et chansons lentes sont les plus fréquentes : J’attends, Redonne-moi, Ange, ainsi que Et ce n’est pas un mal. C’est souvent dans les chansons lentes que la profondeur des textes se fait entendre. De vrais poèmes philosophiques. La voix de Mylène Farmer y flirte tantôt avec les sons électros, tantôt avec des sons plus acoustiques émanant d’instruments comme le xylophone, la clarinette, le violon, ou le piano.
Les titres plus rapides, plus provocateurs dans les paroles, comme Fuck Them All, premier single, ou les très coquins QI, Porno graphique ou L’amour n’est rien. Une petite mention spéciale pour le titre caché et la chanson « Aime » (un bon moyen de se réveiller le matin avant d’affronter une journée de travail).
Un album que je dirais plus calme, très « sexe », à la fois fidèle à l’univers farmerien, un petit retour aux sources sombres mais avec une sérénité supplémentaire et toujours une certaine mélancolie qui n’est pas sans rappeler la poésie de Baudelaire.
Elle n’hésite pas à rendre hommage à Virgina Woolf avec le titre Dans les rues de Londres (loin d’être aussi insipide que le critique du Fugues veut bien le croire!).
Quoiqu’il en soit, Avant que l’ombre…  est un album qui mérite d’être écouté.
Certains seront certainement déçus, voire lassés par la voix toujours plus aigüe (des prouesses vocales à mon sens). D’autres seront charmés par cette nouvelle étape (la dernière peut-être) dans la carrière de la chanteuse et savoureront ce CD avec délice!


About AlterHéros

Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.


Leave a comment

One thought on “Un nouveau souffle pour Mylène Farmer

  • Innamoramento

    Entierement d’accord avec la critique ci-dessous, sauf pour le fait que je ne croirai pas que ce soit “sa derniere etape” ! 😉

    P.S. “Et ce n’est pas un mal” n’est pas dans l’album 😉 peut-etre te trompes-tu avec Et pourtant.