Où sont les lesbiennes à Québec?


Trouvez-vous qu’il n’y a pas assez de filles qui s’impliquent dans les organismes gais à Québec ? Certaines filles lesbiennes ou bisexuelles ont répondu par l’affirmative. Les femmes interviewées expliquent, plus bas dans ce texte, leurs points de vue et les raisons pour lesquelles les filles sont moins engagées que les garçons dans le milieu gai.

Des groupes communautaires ou scolaires ont pourtant besoin de bénévoles féminines. Où sont donc les lesbiennes, bisexuelles ou même les hétérosexuelles qui pourraient être bénévoles dans la communauté gaie ? Voici quelques opinions à ne pas considérer comme une étude scientifique sur le sujet…


Marie-Christelle Lefebvre, étudiante en Pharmacie à l’Université Laval trouve que «les gars sont plus fonceurs. Ils sont donc plus engagés socialement»

«Je ne connais pas assez d’organismes pour dire s’il y a beaucoup de filles qui s’impliquent» explique-t-elle.

Pour ce qui est d’une hypothèse à savoir pourquoi les gars s’impliquent plus que les filles, elle remarque que généralement, les gars sont plus fonceurs. Il y a davantage d’hommes en politique et à la tête de grandes entreprises. «Peut-être que tout ça va changer maintenant que les femmes étudient et veulent faire une carrière», poursuit-elle.

Pour ce qui est de son expérience personnelle, depuis le cégep, elle étudie dans des programmes où les gars ne constituent pas plus de 30% des étudiants et ce sont toujours ceux qui s’expriment le plus dans les cours, qui sont présidents de classe, qui initient les projets, fait-elle remarquer.


Sylvie
croit que «la réalité des hommes gais n’est pas la même pour les lesbiennes et celles-ci ne se reconnaissent pas toujours dans la communauté gaie ».

Sylvie connaît certaines filles lesbiennes ou bisexuelles qui s’impliquent dans le GGUL, le Groupe régional d’intervention sociale (GRIS-Québec) ou le groupe bisexuel YAZ-Québec, mais elle croit tout de même qu’il n’y a pas beaucoup de filles engagées dans la communauté gaie. «Il y a même une fille hétérosexuelle qui fait partie du conseil d’administration du GGUL cette année», ajoute-t-elle avec surprise.

Selon Sylvie, les lesbiennes ne sont pas engagées socialement car elles ne se sentent pas concernées par les mêmes problématiques que vivent les hommes gais. Les lesbiennes ne se sentent pas visées par la prévention du VIH-SIDA, par exemple, souvent associée au milieu gai.

Cette jeune femme homosexuelle a aussi l’impression que la dite «communauté gaie» ne considère pas que les lesbiennes peuvent avoir des problèmes au même titre que les gais.

«La communauté gaie croit-elle que la situation des femmes homosexuelles est moins dramatique que celle des hommes gais? S’afficher dans son milieu de travail est aussi difficile pour les lesbiennes que pour les hommes gais !», rétorque Sylvie.

Elle précise que l’homophobie envers les lesbiennes se présente différemment qu’envers les homosexuels. Par exemple, un gars va essayer de «cruiser» une lesbienne et lui proposer de faire un «trip» sexuelle avec lui et une autre fille. Ce comportement masculin est une forme d’homophobie envers les lesbiennes, au même titre que d’entendre des injures telles que «fif ou tapette».

Expliquant qu’il y a d’autres problématiques, telles que la pauvreté et la violence chez les lesbiennes, qui sont plus significatives elles que le SIDA, Sylvie croit que les femmes homosexuelles font sûrement du bénévolat, mais ailleurs que dans la communauté gaie.

Enfin, précisant que ce n’est pas son cas, Sylvie émet l’hypothèse que les femmes homosexuelles ont peut-être peur de s’engager dans des responsabilités bénévoles. Sylvie conclut que les femmes homosexuelles n’ont probablement pas envie de s’afficher en public et de se faire reconnaître en tant que lesbiennes.


Stéphanie Bilodeau, 29 ans, de Montréal
, «trouve que les femmes bisexuelles sont aussi invisibles.»

Elle imagine qu’il y a bien des femmes qui sont occupées avec une famille ou un bébé en ajoutant que les hommes gais sont moins actifs à ce niveau.

Stéphanie pense aussi qu’il y a moins de filles gaies que d’homosexuels mâles dans la société. Donc toutes proportions gardées, il est logique qu’il y ait moins de filles qui s’impliquent.

Par ailleurs, cette femme bisexuelle croit qu’il y a beaucoup de lesbiennes qui ne s’affichent pas et qui ne sortent pas dans la communauté homosexuelle. Elle a l’impression que les femmes homosexuelles sont moins extraverties que les hommes homosexu
els. Ces femmes veulent vivre leur petite vie sans trop être dérangées, sans trop crier sur les toits leur vie sexuelle.

Prêchant pour sa paroisse, elle ajoute que les filles bisexuelles sont tellement invisibles! Elles s’impliquent encore moins! Selon Stéphanie, les femmes bisexuelles vivent beaucoup de rejet, tant de la part du monde hétérosexuel que de la part du monde homosexuel.

Alors où se place-t-elles si elles ne veulent pas se faire lancer des tomates et des salades sur la place publique ?, questionne Stéphanie. Expliquant que «la bisexualité, ça existe et ça a toujours existé dans les orgies, mais qu’en dehors de ça, on ne la visualise pas vraiment », elle conclut qu’une bisexuelle n’aura pas tellement envie de s’afficher et de s’impliquer en plus.

Pour Stéphanie, les bisexuelles sont un peu plus versatiles, c’est-à-dire qu’elles vont dans la communauté gaie quand ça leur plaît, et sortent autant dans les bars pour hétérosexuels, mais elles ne prennent pas « partie ».


Marie-Pierre Gagnon, 37 ans, agente de gestion documentaire au gouvernement, pense que «les lesbiennes assument pleinement leur orientation sexuelle, mais elles manquent d’intérêt pour le bénévolat».

Bénévole de temps en temps au GRIS-Québec, Marie-Pierre a toujours trouvé qu’il n’y avait pas assez de filles qui s’engageaient dans le milieu gai et lesbien. Phénomène qui ne semble pas être récent, puisque entre 1987 et 1991, lorsque Marie-Pierre était étudiante universitaire, les filles venaient au Groupe gai de l’Université Laval (GGUL) une ou deux fois pour rencontrer d’autres filles et ne revenaient pas aux activités du groupe après s’être fait des amies.

Parmi les diverses raisons qui expliquent cette situation, le manque de temps revient souvent comme réponse. «Il est faux de dire que les lesbiennes ont moins de temps que les hommes gais pour s’impliquer», explique Marie-Pierre. Ce n’est pas la majorité des lesbiennes qui ont des enfants !»

Elle croit aussi que la plupart des lesbiennes assument pleinement leur orientation sexuelle, mais qu’elles manquent d’intérêt pour le bénévolat en général que ce soit dans la communauté gaie ou ailleurs. «L’engagement social ne semble pas être populaire parmi les lesbiennes âgées entre 20 et 40 ans», conclut Marie-Pierre.


Mélanie Langlois, 26 ans, intervenante sociale, croit que «les lesbiennes manifestent une plus grande crainte que les garçons de se faire étiqueter comme lesbiennes si elles s’engagent dans les organismes gais».

Celle-ci a fait beaucoup de bénévolat pour l’organisme GRIS-Québec et semble un peu épuisée par ce volet d’engagement, mais elle continue de donner un coup de main au magazine Sapho, par exemple.

Mélanie croit que les lesbiennes manifestent une plus grande crainte que les garçons de se faire étiqueter comme lesbiennes si elles s’impliquent. Leur processus de sortie et d’acceptation de leur orientation sexuelle prend plus de temps que celui des garçons.

Contrairement à Marie-Pierre Gagnon, Mélanie pense que les femmes homosexuelles affirmées sont plus souvent occupées dans leur travail ou à d’autres tâches que le bénévolat. «Je crois qu’elles ont moins le temps et le goût de s’impliquer dans la communauté gaie», affirme-t-elle.


Sévrine Menétrey, étudiante française de passage à Québec.

«Personnellement et parce que je viens de France, je trouve que les filles s’impliquent beaucoup ici», rapporte Sévrine. Expliquant que les femmes vivent tranquilles avec une autre femme aimée et chérie, elle réalise que les lesbiennes n’ont pas besoin de prendre les armes pour défendre leurs droits.

Sévrine ne s’implique pas dans la communauté gaie, mais elle vit complètement ce qu’elle est avec celle qu’elle aime dans toutes les situations en la présentant à son entourage et au travail comme son amie de coeur.

Elle raconte toutefois qu’elle et sa blonde ont été prises à parti un jour par une femme qui les trouvait dégueulasses, indécentes et exhibitionnistes alors qu’elles s’embrassaient plus fougueusement.

Si vous voulez participer aux activités ou aider bénévolement les groupes mentionnés dans ce texte, voici leurs coordonnées : GGUL, visiter www.algi.qc.ca/asso/ggul/index.html ou appelez au 656-2131 poste 8950, GR
IS-Québec, visiter
www.grisquebec.org ou appeler au 523-5572, Yaz-Québec, visiter www.yazquebec.com.

 


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