Miriam Ginestier : Pour une vie culturelle allosexuelle plus animée


« Les boîtes toutes noires, avec des lumières qui flashaient partout et la grosse musique house; c’était ça, un club pour lesbiennes. J’étais horrifiée d’y aller, même si au fond, j’adorais danser… »
C’est ce que nous raconte Miriam Ginestier, une Montréalaise qui est désormais grandement impliquée au sein de la communauté allosexuelle, tout particulièrement dans la création d’une scène alternative, pour les lesbiennes qui ne sont pas attirées par le Village gay.
Au cours d’une entrevue exclusive à AlterHéros, elle nous parle de ses projets, présents et futurs, ainsi que de son opinion quant à l’invisibilité des lesbiennes en général, en particulier si nous les comparons à leurs comparses gais, qui sont beaucoup plus extrovertis.

Une âme créatrice
Miriam Ginestier est directrice artistique du Studio 303, un lieu de création, de diffusion ainsi que de formation en danse et arts. Elle est également assistante-directrice artistique des Productions OUT , une compagnie de théâtre allosexuelle.
De plus, elle publie mensuellement un bulletin électronique et organise plusieurs événements, tels que Le Boudoir, une légendaire soirée cabaret, et les partys Meow Mix, qui comprennent diverses performances artistiques, incluant la participation de DJs. Miriam est également active en tant qu’artiste, productrice, chorégraphe et DJ.
En août 2003, elle a été récipiendaire du Prix Arc-en-ciel, qui a rendu hommage à ses dix ans de contribution exceptionnelle à la culture allosexuelle de Montréal.
Elle se donne comme mandat de maintenir et stimuler la créativité du milieu gay, de façonner la culture et de créer des paramètres de présentation excitants.
« Le Village gai de Montréal a vécu une grande expansion économique pendant cette dernière décennie, mais il y a eu très peu de support au niveau du développement des arts et de la culture. Notre centre communautaire est pratiquement invisible, et la presse gaie locale a un point de vue restreint sur la culture. », écrit-elle dans un communiqué de presse.
« Quand j’ai fait ma sortie du placard, une des personnes qui m’a le plus inspiré a été Nicolas Jenkins, un artiste qui réside maintenant à New York. Il était organisateur des partys Sex Garage à la fin des années 80 et au début des années 90. Plus subversif, Sex Garage, c’était autant de gars que de filles. J’adorais les gens qui y allaient. C’était des gens cools, des artistes, des personnes qui s’habillaient de toutes sortes de façon. », raconte-t-elle.

Un Village trop commercial
Miriam considère que le Village est trop axé sur l’appât du gain et sur la compétition. « Les établissements sont tous neufs, bien rénovés ou dernier cri. C’est uniforme, tout est pareil. », affirme t-elle.
Elle déplore aussi la pénurie d’endroits plus artistiques, comme ces établissements un tantinet délabré, mais toujours charmants et accueillants. Elle vante les mérites de Station C, un endroit où réside une troupe de cirque, et qui met également à la disposition des artistes un espace où ils peuvent présenter leurs œuvres.
« J’ai me suis mise à créer mes événements, ce qui était une sorte de contre-réaction en réponse à ces boîtes noires et à un temps où les bars pour lesbiennes existaient encore. », observe t-elle.
La plupart des bars pour lesbiennes étaient situés sur le Plateau Mont-Royal : Bilitis, l’Exit, Dietrich, O’Side, Stop, Kiev, Zorro, Standing… La librairie pour allosexuels, l’Androgyne, était aussi un lieu de rencontre pour bien des lesbiennes, mais immanquablement, elle a fermé ses portes depuis.
Mis à part le Drugstore et les soirées de Heidi Bronstein, les lesbiennes se tiennent désormais dans des cafés et des bars qui ne sont pas officiellement ou exclusivement lesbiens : Les Entretiens, Casa del Popolo, Sala Rossa, l’Anecdote, la Paryse, Patati Patata, Elle Corazon, Phamarcie Esperanza, etc.

En faveur des arts de la scène

Le Boudoir : La Flor de la Canela. Photo : Carrie McPherson

Le Boudoir fait partie d’une de ses plus grandes créations. Créée en 1994, Le Boudoir est provocateur, grossier et hilarant, un spectacle où le « grand » art rencontre le « petit » art. Il est aujourd’hui devenu la figure de proue des arts de la scène, autant pour la communauté lesbienne de Mon-tréal qu’au Canada entier.
Une course folle et anachronique à travers le temps, cet événement fait un clin d’œil à une ère révolue, alors que le cabaret était encore la forme la plus populaire du divertissement. Se déroulant an-nuellement dans un lieu historique, Le Boudoir célèbre le spectacle burlesque original, et procure une nouvelle occasion à l’expression non-censurée. S’ajoutent à l’am-biance de délicieuses mignardises, des kiosques, un peep-show artistique et une boutique Boudoir avec des souvenirs uniques en leur genre.
Après 11 ans au Lion d’Or, Le Boudoir déménage au magnifique Théâtre Corona, récemment restauré et situé dans l’ouest de Montréal. Le spectacle comprendra un programme de trois actes (une douzaine de courtes pièces et une pièce de théâtre Vaudeville de 35 minutes), suivie d’une soirée dansante.
Cette année, la 12e édition du Boudoir se déroulera le samedi 2 juillet au Théâtre Corona (2490 Notre-Dame O.). Disponibles à partir de début juin, les billets seront $20 à l’avance, $25 à la porte ou $45 pour tout le weekend (pré-party et brunch). Bien que cet événement soit ouvert à tous, les hommes devront obligatoirement être accompagnés d’une femme.

Le Boudoir : Les Tap Rockettes. Photo : Carrie McPherson

Même avec Le Boudoir, Miriam a des réserves quant à l’attention des grands médias : ils ne même sont pas admis! Éventuellement, elle sou-haite faire du Boudoir un festival étalé sur plusieurs jours, un peu à la manière du Black & Blue. En attendant, un événement lesbien a toujours lieu, quoi que moins grand en impor-tance, mais pas moins branché : Les soirées Meow Mix.

Sorties de filles
Créé en 1997, Meow Mix est une soirée pour « les filles et leurs ami(e)s ». Se déroulant à un intervalle de quelques mois, Meow Mix est un party de voisinage (le Plateau Mont-Royal) et une alternative à la scène du Village. Il y règne une ambiance de fête, et non de club : pas de musique house, mais plutôt un pot-pourri de spectacles drag king, de jeux d’identité sexuelle et de burlesque! Meow Mix attire aussi de jolies artistes, des rebelles et toutes sortes de personnages intéressants.
Au début, Miriam avait créé cet événement avec sa partenaire parce qu’elle désirait avoir un endroit où aller danser avec ses amis, peu importe leur orientation sexuelle. C’était aussi une occasion où des femmes DJs, amatrices ou futures professionnelles, pouvaient développer leurs talents.
Avec les années, le format a évolué et l’événement a déménagé à la Sala Rossa, pour inclure un spectacle durant la soirée. Parmi les artistes invités, elle nomme : The Men of Club Casanova & Mo B. Dick, une troupe renommée drag de New York, Bridge Markland, une artiste transsexuelle de Berlin, ainsi que Lesbians on Ecstasy de Montréal.

Meow Mix: Alexis O’Hara. Photo: Marie-Claude Simard

« Cela fait cinq ans que Meow Mix a lieu, sans que je ne distribue un seul dépliant publicitaire! L’information circule simplement par courriel et par le bouche à oreille », précise Miriam.

Les lesbiennes sont-elles vraiment invisibles?
Cette question nous a amené à discuter l’invisibilité des lesbiennes. Miriam a répondu d’un haussement d’épaule interrogateur, voire presque coquin lorsque AlterHéros lui a demandé si elle pouvait nous suggérer quelques explications.
Mais les points qu’elle a soulevés étaient plutôt des questions. Se pourrait-il que les lesbiennes aient des relations plus longues? Seraient-elles sont moins tournées vers le sexe et les histoires d’un soir que les hommes gais?
Par exemple, on n’a qu’à remarquer l’absence totale de saunas pour femmes, « ce qui ne veut pas nécessaire dire qu’il n’y en a pas quelques unes qui le désirerait bien, mais celles-ci se sentent un peu à part! », souligne Miriam en riant.
Il se pourrait bien que ce phénomène ne soit pas seulement une question de différences entre gais et lesbiennes, mais bien de différences entre les hommes et les femmes, peu importe leur sexualité.
« Un des stéréotypes chez les lesbiennes est que nous organisons souvent des potlucks», affirme Miriam. Cela viendrait peut-être du fait que les lesbiennes sont plus animées par un sentiment de communauté souvent avec une motivation politique? Elle souligne que le féminisme occupe une place importante dans la culture lesbienne.

Se créer un réseau
« Malgré le fait que nous sommes moins visibles que les gais, je ne crois pas que les lesbiennes ont moins de choix au niveau culturel. Il s’agit d’être informées et de savoir où se déroulent les divers événements sociaux. On se crée un réseau. », affirme t-elle. Ceci peut être difficile pour les touristes qui viennent à Montréal pour la première fois, mais l’Internet a commencé à combler cette lacune, par exemple, une recherche Google en tapant Mangeuse de pantoufle mène à un site Web d’information sur les activités pour les lesbiennes.
En parlant de ses projets d’avenir, Miriam envisage de remonter, avec les Productions OUT, deux pièces vaudevilles de Nathalie Claude (écrites pour les Èditions du Boudoir) pour avril 2006. Elle seront jouées une suivant l’autre, et successivement par deux troupes : une entièrement masculine et l’autre entièrement féminine.

Pour ceux et celles qui souhaiteraient obtenir plus d’information sur ces événements ou pour s’inscrire à son bulletin électronique, veuillez envoyer un courriel à Miriam Ginestier à l’adresse suivante : mim@aei.ca. AlterHéros tient à remercier Miriam pour toutes les informations, le matériel de presse et les photos qu’elle nous a généreusement offerts.

Café Les Entretiens 1577, ave Laurier E. 514-521-2934
Casa del Popolo 4873, St-Laurent 514-284-0122
Sala Rossa 4848, St-Laurent 514-284-0122
Restaurant l’Anecdote 801, rue Rachel E. 514-526-7967
Restaurant La Paryse 302, rue Ontario E. 514-842-2040
Patati Patata Friterie 4711, St-Laurent 514-844-0216
Elle Corazon 176, Bernard O. 514-273-3933
Pharmacie Esperanza 5490, St-Laurent 514-948-3303
Bar Le Drugstore 1366, rue Ste-Catherine E. 514-524-1960
Station C 1450, rue Ste-Catherine E. 514-523-1450


About AlterHéros

Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.

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