De l'autre côté du placard : de l'émotion à couper le souffle!


Au début du mois de mai, la troupe de théâtre Youtheater nous livrait sa première production entièrement francophone. De l’autre côté du placard a été présentée au Théâtre Calixa-Lavallée, devant un public des plus enthousiastes.
Cette pièce, à l’origine intitulée The other side of the closet, a été écrite par Ed Roy. Cette pièce s’est mérité Le Dora Award pour le meilleur spectacle dans la catégorie «jeune public» en 1998. La version originale avait provoqué de vives réactions, tant à Montréal qu’à Toronto et à Winnipeg, et c’est grâce à la plume de Robert Vézina que le jeune public francophone a enfin pu connaître cette œuvre, qui amène une réflexion  très intense sur l’homophobie.

Un portrait réaliste
Dans cette pièce, on découvre l’histoire de Carl, un jeune adolescent qui découvre son homosexualité. Au prise avec les préjugés de son entourage et souffrant du rejet de son meilleur ami homophobe, il pourra tout de même compter sur l’appui d’une amie.
Bouleversante et étonnante, cette pièce vient chercher tant le jeune homosexuel que son confrère hétérosexuel. Le premier se sentira fortement interpelé par la souffrance du personnage principal, tandis que le second se verra confronté à son comportement ou à celui de ses pairs, et pourra ainsi réfléchir sur la souffrance que l’homophobie occasionne.
Ce portrait, quoi que extrême, est malheureusement des plus réalistes, c’est-à-dire dans le sens où la souffrance exprimée dans cette pièce est encore d’actualité en 2005. Mais ce réalisme en fait justement un puissant outil de lutte à l’homophobie qui règne dans nos écoles.

Comme une montre suisse
Signée Michel Lefebvre, la mise en scène est impeccable. Le rythme soutenu du jeu, aussi précis qu’une montre suisse, renforce le sentiment que le texte amène. Il n’y a aucune longueur, aucun temps mort, et les changements de costumes se font sans accrocs. 

 
Le metteur en scène Michel Lefebvre 

L’utilisation des voix hors champ rajoute beaucoup à l’ambiance de la pièce et crée une dynamique intéressante avec les acteurs sur scène, chose qui sert beaucoup l’œuvre.
Tout est en place pour que le public ressente la souffrance et l’émotion qui entoure l’ensemble de la pièce.

Une grande qualité de jeu
L’ensemble de la production nous offre une grande qualité de jeu, démontrant leur professionnalisme. Leur jeu est des plus crédibles et de plus, une grande chimie entre chacun permet au mélange de bien lever.
Les changements de rôles de certains (deux membres de la distribution avaient deux rôles chacun) se faisaient de façon harmonieuse. Lorsque le comédien et la comédienne arrivaient dans leur nouveau personnage, on oublie complètement leur précédent. On voit que les deux personnages de chacun sont bien compris, bien intégrés, et surtout, bien différenciés.
Soulignons ici le jeu particulièrement excellent de Francis La Haye qui nous a offert un Carl des plus émouvants. Tout en finesse, il sait nous faire ressentir la souffrance du personnage, ses dilemmes et sa violence et ce, du début jusqu’à la fin.
Le texte sonne toujours juste, une qualité d’interprétation au dessus même de ses quatre confrères sur la scène.

Le sixième acteur
L’éclairage devient pratiquement le sixième acteur de cette pièce. Il vient renforcer l’atmosphère de la pièce en amplifiant à quelques reprises la solitude du « héros », son angoisse, la violence de quelques scènes et ajoute aussi la vitesse de la mise en scène.
De plus, l’éclairage vient amplifier le mystère laissé par cette fin ouverte, très percutante, que nous offre la pièce (N’insistez pas, je ne vous la raconterai pas…). Cette qualité est l’excellent travail de Caroline Ross.

Quelques réserves
Rien n’est parfait dans la vie, et ce spectacle n’échappe pas à cette règle. L’auteur aurait pu développer un peu plus la partie de la relation de l’adolescent avec ses parents. Je sais que cet aspect n’est pas le sujet principal de la pièce, mais il n’est que survolé et aurait mérité un peu plus d’approfondissement.
De plus, les décors sont quelque peu limités, voir quasi inexistants et entièrement accessoires. La régie a du compenser ce manque par l’utilisation d’un jeu de lumière.
Mais ces deux points négatifs ne sont pas suffisants pour diminuer la qualité de l’œuvre, qui démontre que le théâtre jeunesse peut apporter autant à un public adolescent qu’adulte.

De l’autre côté du placard, de Ed Roy, traduction de Robert Vézina, était présenté du 2 au 7 mai 2005 au théâtre Calixa-Lavallé de Montréal et est en tournée jusqu’au 20 mai 2005 dans différentes écoles. Production du Youtheater, mise en scène de Michel Lefebvre, avec Vincent Côté, Sylvie Des Morais-Nogueira, Francis La Haye, Marie-Êve Paquin et Philippe Racine. De nouvelles présentations ouvertes au public sont prévues pour octobre 2005 et mars 2006.


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